Le prochain stage Shakespeare aura lieu du 13 novembre au 8 décembre à la Manufacture des Abbesses

J'ai eu le grand privilège de voir parmi les plus grandes représentations de Shakespeare. Ce qui les a rendu extraordinaires ? Les acteurs sur scène ne « jouaient » pas Shakespeare. Ils n'étaient pas concentrés sur un « style » de jeu. Ils avaient créé des êtres humains réels, de chair et de sang, des êtres humains qui se parlaient dans leur langue maternelle, et pas dans la « langue Shakespearienne ».

L'acteur John Douglas Thompson (qui a récemment joué Othello à New York) attache une grande valeur « à la capacité de l'acteur à rendre une langue antique contemporaine, comme s'ils nous parlaient en ce moment dans une conversation quotidienne. Le sens et l'urgence sont toujours là, mais ils sont donnés de telle manière que nos oreilles contemporaines se disent ‘Oh, c'est à moi qu'il parle’. » Ceci peut être accompli « quand un acteur amène un certain degré d'irrévérence envers le texte. Il ne s'agit pas d'improviser, bien sûr, mais les acteurs peuvent se raidir quand ils suivent religieusement les pentamètres iambiques. Quand on suit les règles avec rigidité, on peut devenir un comédien rigide. »

J'ai perdu des heures interminables à assister à des représentations où les comédiens jouent ce qu'ils pensent être la « manière de jouer Shakespeare ». Un jeu figé, avec des effets de texte et qui donne l'impression qu'aucun d'eux ne sait de quoi il parle. La confusion régnait.

« Le goût en théâtre, comme toute autre chose, varie selon les individus, mais une grande représentation de Shakespeare saute aux yeux. On reconnaît une représentation réussie immédiatement. Même s'il est probablement plus juste de dire qu'on reconnaît immédiatement une représentation qui n'est pas ratée : quand la langue ne semble plus lointaine, quand l'humanité de l'acteur et du personnage sont indivisibles, quand l'émotion exprimée n'est plus voilée par la poésie mais révélée par elle, et crée dans votre propre coeur le choc de se reconnaître. » Charles Isherwood, New York Times

A chaque fois que je vois des comédiens qui ont accepté le fait qu'ils jouent dans un chef-d'oeuvre de Shakespeare, mais qui ne se limitent pas à ’jouer Shakespearien’... eh bien je suis 'in Shakespeare heaven'. Je suis émerveillé par la capacité de Shakespeare à créer des personnages qui ne sont pas simplement des constructions théâtrales mais des êtres humains avec leur complexité émotionnelle, physique et psychologique. Pour moi, il est presque criminel de ne pas aborder ces personnages avec le même degré de soin et considération que celui dont Shakespeare a fait preuve.

Tim Caroll, qui a récemment mis en scène une production de La Nuit des rois et de Richard III à Broadway a dit de son comédien Mark Rylance (qui a gagné son troisième Tony award pour La Nuit des rois) : « J'ai vu Mark Rylance jouer Hamlet, Richard II, et le Duc dans Mesure pour mesure, entre autres rôles, et je suis toujours émerveillé par sa capacité à révéler l'âme de ses personnages, à nous donner un sens que leur paysage intérieur nous est révélé, moment après moment. Les personnages de Shakespeare peuvent sembler éloignés quand ils sont joués de manière plus mentale ou guindée, mais Mark Rylance semble toujours respirer le même air que nous. »

Mark Rylance dans Twelth Night


Roméo et Juliette

Et ceci, mes amis, est le but. Approcher Shakespeare comme un monde rempli d'être humains, créer ce monde qui palpite. Etre ou ne pas être... je choisis, sans hésitation... être !

Des scènes et monologues du Songe d'une nuit d'été, de Roméo et Juliette et d'Henri VIII seront attribués aux participants.

Ensemble nous analyserons les scènes ligne par ligne. Nous imaginerons la portée de chaque mot, chaque phrase, chaque expression pour chaque personnage spécifique sur lequel nous travaillerons. Nous explorerons l'époque et l'endroit pour mieux comprendre les personnages. Première leçon : Know thyself...

Nous travaillerons sur le pentamètre iambique, mais nous ne nous y limiterons pas. Un vers de pentamètre iambique comprend cinq pieds. La métrique anglaise repose sur l'accentuation des syllabes : da DUM da DUM da DUM da DUM da DUM. On peut entendre ce rythme dans le premier vers du Sonnet 12 de Shakespeare : When I do count the clock that tells the time.

Oui, les mots possèdent un sens. Mais se contenter de « parler le texte » en espérant que les mots feront tout le travail serait priver nos personnages de leur relation intime avec les mots qu'ils disent. Nous pouvons tous utiliser les mêmes mots mais nos relations avec eux peuvent être complètement différentes. Le mot ‘amour’ par exemple crée une immense variété de sentiments chez les gens selon leur relation spécifique, individuelle et très personnelle avec ce mot.

Le but est de créer des personnages emprunts d' « âme » et qui semblent « respirer le même air que nous. »